Circulation en hiver et idées reçues

Chaque hiver, certains automobilistes constatent avec amertume que les conditions de circulation peuvent se dégrader rapidement à cause de quelques flocons, même en dehors des zones de montagne. L’hiver dernier l’a rappelé de façon spectaculaire. Voici quelques idées reçues à combattre pour éviter petits et gros tracas ...
Actualités | Communiqué de Presse

Chaque année à partir du 1er novembre dans certaines zones de montagne, il est obligatoire d’équiper son véhicule en pneus hiver ou toutes saisons marqués 3PMSF, ou de détenir des chaînes ou des chaussettes à neige. Pour sa sixième saison, la loi Montagne s’applique du 1er novembre 2026 au 31 mars 2027 dans 34 départements.

Mais chaque hiver, certains automobilistes constatent avec amertume que les conditions de circulation peuvent se dégrader rapidement à cause de quelques flocons, même en dehors des zones de montagne.

L’hiver dernier l’a rappelé de façon spectaculaire : le 5 janvier 2026, 26 départements de l’Ouest et du Nord étaient placés en vigilance orange neige-verglas, l’Île-de-France a enregistré un record historique de plus de 1 000 km de bouchons et au moins six personnes ont perdu la vie sur les routes.

Les pneumatiques sont généralement la cause des blocages de route mais également la solution pour les éviter. 

Voici quelques idées reçues à combattre pour éviter petits et gros tracas durant vos déplacements en hiver :

Avec le réchauffement climatique, la loi montagne ne sert plus à rien

Faux. Les hivers sont en moyenne plus doux et les vagues de froid plus rares, mais la neige et le verglas n’ont pas disparu : l’épisode de janvier 2026 l’a rappelé. Et c’est justement parce qu’ils deviennent rares que ces épisodes surprennent automobilistes et gestionnaires de routes, et paralysent la circulation. Le réchauffement rend aussi les hivers plus humides : l’hiver 2025-2026 a connu 35 jours de pluie consécutifs, un record depuis 1959. Sur chaussée humide et sous 7 °C, les pneus hiver et 4 saisons 3PMSF gardent l’avantage. Face à un climat plus changeant, le pneu 4 saisons apparaît plus que jamais comme la réponse adaptée.

En hiver, les chaussées enneigées sont plus dangereuses que les chaussées sèches

Faux. En hiver, 90 % des accidents se produisent sur des chaussées sèches ou humides contre 10 % seulement sur la neige ou le verglas. Néanmoins, les accidents corporels dans les conditions de neige, grêle et verglas sont moins nombreux (moins de 2 % des accidents corporels) mais plus graves.

En hiver, les problèmes de circulation surviennent essentiellement dans les zones de montagne

Faux. Selon une étude réalisée en juin 2024 par le Gipa pour le Syndicat du Pneu auprès de 2 500 automobilistes :

  • 6 conducteurs sur 10 déclaraient avoir récemment subi un désagrément à cause des conditions climatiques difficiles ;
  • En moyenne, 2 conducteurs sur 10 avaient déjà fait la désagréable expérience de rester bloqués sur la route à cause de chutes de neige plus ou moins importantes dont 36 % des résidents d’Île-de-France ;
  • Plus grave, 14 % déclaraient avoir déjà perdu le contrôle de leur véhicule ;

L’épisode de janvier 2026, qui a paralysé Paris, la Normandie, la Bretagne ou les Pays de la Loire avec quelques centimètres de neige seulement, en a apporté une nouvelle preuve.

La loi Montagne ne devrait concerner que les personnes qui y résident

Faux. Environ 30 % des Français vivent dans l’un des 34 départements concernés par l’obligation, mais les grandes agglomérations sont pour l’essentiel exclues du périmètre : les plus de 4 000 communes désignées par arrêté préfectoral sont surtout des communes rurales et de relief. Selon l’étude Gipa, seuls 8 % des conducteurs déclarent vivre en montagne toute l’année. Mais 1 conducteur sur 3 déclare s’y rendre pour le week-end ou les vacances durant l’hiver, et 20 % des Franciliens y passer une ou plusieurs semaines de vacances avec leur voiture.

Sans surprise, 93 % des conducteurs roulant fréquemment sur des routes de montagne sont convaincus de l’intérêt d’être bien équipés.

Des pneus marqués M+S suffisent pour respecter la loi Montagne

Faux. Depuis le 1er novembre 2024, seuls les pneus portant le marquage 3PMSF (une montagne à trois pics et un flocon) sont reconnus. Le marquage M+S est purement déclaratif : il ne résulte d’aucun test de performance sur neige. Un véhicule équipé de pneus seulement M+S doit donc impérativement détenir des chaînes ou des chaussettes pour circuler dans les communes concernées. Les pneus hiver comme les pneus 4 saisons conviennent, à condition d’équiper les quatre roues.

La France n’est pas un pays où les conditions climatiques en hiver nécessitent une loi sur les pneus hiver

Faux. En France, le climat est certes tempéré mais il ne neige pas que dans les Alpes, dans le Massif central ou dans les Pyrénées. La température moyenne en hiver dans l’Hexagone est inférieure à 7 °C. Dans les zones de massifs ou de montagne, là où la réglementation sur les équipements spéciaux des véhicules s’applique à partir du 1er novembre, il gèle plus de 100 jours par an. Sur les trois quarts du territoire métropolitain, les températures tombent en dessous de 0 °C durant 40 à 60 jours par an. 

À une température inférieure à +7°, les pneus classiques perdent de l’adhérence. À 30 km/h, la distance de freinage est allongée de 4 mètres, c’est la largeur d’un passage pour piétons. Et à 80 km/h sur chaussée glissante, la distance de freinage est allongée de 18 mètres, c’est la longueur d’un camion semi-remorque.

Rappelons qu’en France, au sud-est d’une ligne Lille–Bordeaux, les conditions hivernales sont similaires à celles de l’Allemagne. Les pays limitrophes de l’Est de la France rendent obligatoire l’utilisation de pneumatiques 3PMSF, même pour des automobilistes de passage, avec des législations différentes : obligation totale en Autriche, obligation partielle en fonction des conditions climatiques en Allemagne ou au Luxembourg, et dans certaines régions comme en Italie, en Espagne et en France.

Le salage est amplement suffisant pour empêcher les blocages de routes

Faux. Afin de faire fondre le verglas ou d’éviter sa formation, les gestionnaires des réseaux routiers utilisent des fondants en épandage curatif ou préventif. Le plus utilisé en France est le chlorure de sodium, autrement dit le sel, économique mais plus ou moins efficace. Il fait baisser le point de congélation de l’eau à -8 °C. Autrement dit, en dessous de -8 °C le salage est inefficace. Selon la rigueur de l’hiver, ce sont entre 800 000 et 1 500 000 tonnes qui sont répandues sur les routes chaque année et qui se retrouvent … en dehors des routes, perturbant les écosystèmes terrestres et aquatiques et toute leur chaîne alimentaire. La généralisation des pneus hiver ou 4 saisons contribue à diminuer l’utilisation de ce produit et les opérations coûteuses et polluantes nécessaires à son épandage.

En hiver, il faut dégonfler ses pneus pour mieux accrocher la chaussée

Faux. Le froid fait chuter la pression de l’air contenu dans les pneus (0,1 bar par tranche de 10 °C). Contrairement à une croyance largement répandue, dès que les températures baissent, il faut rectifier la pression et même anticiper en sur-gonflant de 0,2 bar.

Pneu neige et pneu hiver, c’est la même chose

Faux. Les pneus typés neige ont une bande de roulement très découpée avec des rainures larges et des pavés massifs qui assurent une traction optimale dans la neige profonde. Bruyants, relativement inconfortables, moins précis, les pneus neige ne sont quasiment plus utilisés en France. Ils sont encore très répandus en Europe du Nord où ils sont appelés pneus Nordic ou Ice.

Les pneus hiver ne sont efficaces que sur la neige

Faux. Les manufacturiers ont choisi les dénominations pneu hiver et 4 saisons pour souligner leur amplitude d’utilisation et leur polyvalence. Un pneu hiver doit être efficace sur tous les types de chaussées, enneigées, verglacées, humides, mais également sur chaussée sèche, tout en restant précis, confortable, silencieux et endurant. Rappelons qu’un pneu devrait logiquement rester efficace de +70 °C à -10 °C mais les lois de la physique nous enseignent que le caoutchouc se ramollit à haute température et durcit à basse température. Un pneu trop dur n’accroche pas le bitume mais un pneu trop mou l’accroche trop et le véhicule consomme plus de carburant. Il est donc nécessaire de trouver le bon compromis … en fonction des saisons.

Il est inutile de monter des pneus hiver sur des SUV ou sur des 4x4

Faux. Il est important de rappeler que les SUV n’ont pas tous 4 roues motrices et que l’essentiel des ventes se fait en 2 roues motrices.

Les 4 roues motrices permettent de gagner en motricité en neige profonde ou sur le verglas. Mais sur le plat et plus encore en descente, les SUV, qu’ils soient à 2 ou 4 roues motrices, sont moins sûrs sur la neige et le verglas qu’une berline. Du fait de leur poids plus important et de leur centre de gravité plus haut, ils peuvent devenir incontrôlables, comme une luge sur une piste. Sur les véhicules à 4 roues motrices, il est fortement recommandé de monter simultanément 4 pneus identiques : même marque, même gamme, même référence. L’utilisation de pneumatiques différents ou de niveau d’usure non homogène risque d’endommager les éléments de la transmission et de perturber les systèmes électroniques.

Avec des chaînes ou des chaussettes dans mon coffre, je suis paré

Faux. Rappelons que sur une plaque de verglas, les chaînes dans le coffre ne sont d’aucune utilité ! Ce sont donc des équipements complémentaires à utiliser ponctuellement, à faible allure en cas de neige importante, lorsque les pneus arrivent à leur limite d’efficacité. Leur longévité étant limitée, elles ne peuvent être utilisées que sur de courtes distances, et ne doivent pas être utilisées sur le macadam.

S’équiper coûte cher

Faux. Depuis 2025, le prix de vente moyen d’un pneu 4 saisons (3PMSF, considéré comme équipement approprié) est même passé sous celui d’un pneu été : 100,07 € contre 106,80 € au premier semestre 2026. Les automobilistes l’ont bien compris : les ventes de pneus 4 saisons ont progressé de 15,7 % au premier semestre 2026, tandis que celles des pneus été reculaient de 12 %, et près de 60 % des pneus tourisme neufs vendus en France portent désormais le marquage 3PMSF. Sachant que les automobilistes changent leurs pneus lorsqu’ils sont usés et non en fonction des saisons, il est conseillé de réfléchir avant de s’équiper, même en été. Il n’y plus de raison objective pour ne pas s’équiper, de nombreux automobilistes l’ont bien compris.

Sans amende, la loi Montagne n’a pas de conséquence pour l’automobiliste

Faux. Il est vrai que, six ans après son entrée en vigueur, le défaut d’équipement n’est toujours ni verbalisé ni verbalisable : le décret instaurant la contravention de 4e classe (135 €) n’a pas été publié, ce que le ministère de l’Intérieur a confirmé au Sénat en février 2026. Mais les forces de l’ordre peuvent interdire l’accès à une route enneigée à un véhicule non équipé et, en cas d’accident, l’assureur examinera l’équipement du véhicule et les conditions particulières du contrat d’assurance. Légalement, un chef d’entreprise ou un gestionnaire de flotte pourrait être poursuivi en cas d’accident grave avec un véhicule mal équipé. 

Lors des épisodes neigeux du début d’année, le Ministre du Transport avait déclaré souhaiter revoir le sujet et en mars 2026, le Syndicat du Pneu lui avait adressé une lettre ouverte pour demander une clarification de la réglementation, la mise en place effective des sanctions et une grande campagne nationale de pédagogie sur la sécurité hivernale, d’autant plus nécessaire que les Jeux Olympiques de 2030 généreront de nombreux déplacements dans les zones concernées et devront imposer des équipements adaptés pour assurer la fluidité de la circulation et la sécurité sur les routes des Alpes.

Prev Next