C’est officiel, depuis le 8 juillet 2026, les pneumatiques neufs pour voitures et véhicules utilitaires légers fabriqués en Chine sont soumis à des droits antidumping à leur entrée dans l’Union européenne. Le règlement d’exécution (UE) 2026/1540, publié au Journal officiel le 7 juillet, vient clore une enquête ouverte en mai 2025 par la Commission européenne. Explications …
De quoi parle-t-on ?
Le « dumping » désigne la pratique consistant à vendre un produit à l’exportation à un prix inférieur à sa valeur normale. Lorsque cette pratique cause un préjudice aux producteurs européens, l’Union européenne peut instituer des droits de douane additionnels pour rétablir une concurrence équitable.
C’est exactement ce qui vient de se produire pour les pneus dits « tourisme-camionnette » : tous les pneus neufs d’un indice de charge inférieur ou égal à 121, c’est-à-dire ceux qui équipent les voitures particulières, les SUV, les camionnettes et les remorques. Les pneus poids lourd, eux, font déjà l’objet de mesures similaires depuis 2018.
Ce que l’enquête a révélé
Les chiffres établis par la Commission sur la période 2021-2024 sont éloquents :
- les importations de pneus chinois ont bondi de 62 %, passant de 57 à 93 millions d’unités par an ;
- leur part du marché européen est passée de 18 % à 28 % en seulement trois ans ;
- dans le même temps, les fabricants européens ont perdu 7 points de part de marché et environ 4 500 emplois ;
- la rentabilité de l’industrie européenne a été quasiment divisée par deux, et le segment des pneus d’entrée de gamme est devenu déficitaire en 2023.
L’enquête a montré que les pneus chinois étaient vendus en Europe à des prix très inférieurs à ceux des producteurs européens (jusqu’à 37 % de moins sur l’entrée de gamme) empêchant ces derniers de répercuter la hausse de leurs coûts de production.
Quels sont les nouveaux droits ?
Les droits varient selon le fabricant :
- 4,3 % pour le groupe Hankook (usines de Chongqing et du Jiangsu) ;
- 24,4 % pour une soixantaine de producteurs ayant coopéré à l’enquête (dont, fait notable, les usines chinoises de grandes marques internationales comme Pirelli, Continental, Goodyear, Kumho ou Sumitomo) ;
- 45,3 % pour tous les autres.
Un point essentiel à retenir : ces droits s’appliquent en fonction du lieu de fabrication du pneu, et non de la marque. Un pneu de grande marque fabriqué en Chine est taxé ; le même pneu fabriqué en Europe ou dans un pays tiers ne l’est pas.
Ce que cela change pour les professionnels et les automobilistes
Pour les distributeurs et négociants, ces droits s’ajoutent aux droits de douane habituels dès le dédouanement. Le bénéfice des taux réduits (4,3 % ou 24,4 %) suppose que l’importation soit accompagnée d’une facture commerciale conforme identifiant précisément le producteur ; à défaut, c’est le taux maximal de 45,3 % qui s’applique. Aucun droit n’est en revanche perçu rétroactivement sur les importations antérieures au 8 juillet 2026.
Pour les automobilistes, l’effet le plus visible concernera le segment économique ou Budget, où les produits chinois s’étaient imposés ces dernières années.
Les effets délétères en France
En France, la part de marché des pneus bas de gamme a connu une croissance substantielle, passant de 9,6% à 21,4% entre 2016 et 2024.
En 2016, le prix moyen d’un pneu Premium s’élevait à 91€ TTC, tandis que celui d’un pneu Low Cost était de 45€ TTC, soit la moitié du prix. En 2024, le prix moyen d’un pneu Premium a atteint 133€ TTC, enregistrant une hausse de 46%, tandis que celui d’un pneu Low Cost a progressé de seulement 35,7% pour atteindre 61€ TTC. (Source : panel GfK/Syndicat du pneu)
Un rééquilibrage des prix et de l’offre est probable dans les mois qui viennent, au bénéfice des gammes fabriquées en Europe et dans les pays tiers.
Et maintenant ?
Ces mesures antidumping sont instituées pour une durée de cinq ans. Elles ne constituent toutefois que le premier volet du dossier : une enquête antisubventions distincte, portant sur les aides publiques accordées aux producteurs chinois, est toujours en cours et devrait aboutir d’ici la fin de l’année 2026. Elle pourrait conduire à des droits additionnels.
Le Syndicat du Pneu suivra attentivement la mise en œuvre de ces mesures et leurs effets sur le marché français, et tiendra ses adhérents informés des évolutions du dossier.
En savoir plus
Référence : règlement d’exécution (UE) 2026/1540 de la Commission du 6 juillet 2026, JO L du 7 juillet 2026.
Les impacts des importations sur le marché français, notre analyse : https://www.syndicatdupneu.org/marche-pneumatique/