En ce début d’année, la France a de nouveau été confrontée à des épisodes neigeux et de verglas d’une ampleur exceptionnelle. Le nord, l’ouest et l’Île-de-France ont subi des conditions de circulation extrêmement dégradées, provoquant jusqu’à plus de 1 000 kilomètres d’embouteillages et de graves accidents de la route ayant coûté la vie à six personnes.
Ces événements dramatiques rappellent une réalité incontestable : la météo hivernale concerne l’ensemble du territoire, bien au-delà des seules zones dites « de montagne ». Une fois de plus, la neige est tombée là où la loi n’avait pas prévu qu’elle tombe ! Aucun des départements touchés lors de cet épisode ne faisait partie des 34 où l’équipement hivernal est obligatoire.
Le risque hivernal est maximal là où la neige est la plus rare.
Dans ces régions dites « de plaine », les automobilistes sont moins habitués à conduire sur la neige (ou le verglas) et sont insuffisamment équipés. Résultat : dès le premier épisode neigeux, la circulation se bloque et les accidents se multiplient.
La rareté de la neige n’en réduit pas le danger : elle l’amplifie !
C’est pourquoi une approche sécuritaire fondée uniquement sur la géographie ne répond pas aux réalités climatiques actuelles. Seul un équipement hivernal adapté, généralisé et clairement encadré, permet d’anticiper l’imprévisible et de sécuriser l’ensemble des usagers.
Des épisodes neigeux de plus en plus fréquents et imprévisibles
Les récents hivers l’ont pourtant démontré : la neige et le verglas ne se sont jamais limités aux reliefs.
- Novembre 2024, lors de la tempête Caetano, jusqu’à 2 500 poids lourds ont été bloqués sur l’A36 dans le Doubs, avec des véhicules immobilisés toute une nuit. En Île-de-France, la RN10 est bloquée (Trappes), des Poids lourds sont immobilisés sur la N12 et sur l’A86.
- Janvier 2025, un épisode neige-verglas dans les Hauts-de-France a entraîné restrictions de circulation, limitations de vitesse et interdictions de dépassement. Le 5 en Côte d’Or, une pluie verglaçante provoque un carambolage mortel et de multiples accidents.
Une exception française qui interroge
La France demeure aujourd’hui le pays le plus permissif d’Europe en matière d’équipement hivernal. Dans les zones de montagne, la simple détention de chaînes ou de chaussettes dans le coffre suffit à être en règle. En dehors de ces zones, aucune obligation ne s’applique. Plus préoccupant encore, la saison 2025-2026 s’est ouverte sans cadre clair de verbalisation. Le décret d’application relatif aux sanctions reste, à ce jour, toujours à l’étude depuis 2020.
À l’inverse, nos voisins européens exigent des pneumatiques certifiés 3PMSF (Three Peak Mountain Snow Flake) montés sur le véhicule, soit pour toute la saison hivernale, soit lors des épisodes neigeux. Le non-respect de ces règles entraîne verbalisation, immobilisation du véhicule, voire perte de couverture d’assurance en cas d’accident.
Une Loi Montagne complexe et peu lisible pour les usagers
En France, la Loi Montagne ne s’applique qu’aux automobilistes résidant, se rendant ou traversant une zone concernée. Or, ces zones sont particulièrement complexes à identifier : seuls 6 départements sont intégralement couverts, tandis que 28 autres ne le sont que partiellement, parfois à l’échelle communale. Cette complexité renforce la nécessité d’un équipement systématique des véhicules, seul moyen de garantir une circulation fluide et sécurisée sans restriction.
Certains automobilistes ont compris, mais le cadre reste insuffisant
Pourtant, les chiffres démontrent que les automobilistes ont largement pris conscience des enjeux de sécurité hivernale:
- Sur les douze derniers mois, 58,5 % des pneus tourisme neufs vendus en France étaient marqués 3PMSF, donc conformes à la Loi Montagne (source : panel GfK / Syndicat du Pneu).
- Les pneus toutes saisons représentaient 39 % des ventes en Île-de-France et dans le sud-ouest, et 37 % dans l’ouest du pays.
Selon l’étude GiPA 2025 pour le Syndicat du Pneu :
- 69 % des automobilistes estiment nécessaire d’être équipés en hiver, quelle que soit la région,
- 82 % connaissent la Loi Montagne (contre 27 % en 2019),
- 91 % la jugent utile ou très utile.
Ces données traduisent une évolution positive des comportements, mais encore insuffisante pour garantir la sécurité de tous en période hivernale.
Ni surcoût ni enrichissement de la filière
Contrairement à ce que les pouvoirs publics craignaient, la Loi Montagne n’a pas entraîné de surconsommation de pneumatiques ni d’enrichissement indu de la filière. Il faut le rappeler, les automobilistes remplacent leurs pneus uniquement lorsqu’ils sont usés. Au final, le marché global du pneumatique a même reculé d’environ 2,5 % sur les 12 derniers mois, malgré la loi Montagne.
Par ailleurs, le coût n’est plus un frein : selon l’étude GfK / Syndicat du Pneu, un pneu toutes saisons certifié 3PMSF coûte en moyenne 2 % de moins qu’un pneu été. La concurrence et les avancées techniques jouent pleinement leurs rôles, démontrant que sécurité routière et pouvoir d’achat ne sont pas incompatibles.
Une exigence de pédagogie et de clarté
La sécurité routière hivernale n’est plus aujourd’hui une grande cause nationale. Pourtant, elle devrait le redevenir. L’adhérence des pneumatiques est un facteur déterminant de la sécurité routière :
- Sous +7 °C, la gomme d’un pneu été se durcit et perd en efficacité,
- À 80 km/h sur route mouillée, la distance de freinage est 4 mètres plus courte avec des pneus 3PMSF,
- Sur neige à 50 km/h, l’écart atteint 30 mètres (tests TÜV SÜD).
Face à des messages contradictoires et à une réglementation inachevée, l’objectif initial de sécurité a été brouillé.
Le Syndicat du Pneu appelle solennellement à :
- une clarification et une adaptation de la réglementation,
- la mise en œuvre effective de la verbalisation,
- une pédagogie renforcée auprès des automobilistes.
L’enjeu est majeur : garantir l’égalité devant la loi, réduire les accidents hivernaux et, surtout, sauver des vies.
« La question des pneus 4 saisons et leur utilisation mérite d’être abordée avec pédagogie et sur la base d’éléments factuels. Interrogé sur BFMTV, le Ministre des Transports, Philippe Tabarot confessait en avoir discuté avec l’association 40 millions d’automobilistes et ses collègues du Ministère de transition écologique. Il ajoutait qu’une telle obligation pourrait avoir un coût environnemental supplémentaire. Ces propos sont surprenant : le pneu 4 saisons permet justement de limiter la production et l’usage de plusieurs jeux de pneus, tout en simplifiant la vie des automobilistes. Il ne peut que contribuer à une gestion plus raisonnée des ressources et à une réduction des impacts liés au stockage, au transport et aux changements saisonniers. Le Syndicat du Pneu rappelle que toute réflexion sur une éventuelle obligation doit s’appuyer sur une analyse environnementale et sécuritaire globale. »